L’Union européenne compte 915 000 sociétés de transport routier employant 5 millions de personnes. 20% des émissions de CO2 totale de l’UE sont imputables au transport routier. Les enjeux concernant l’avenir du secteur sont colossaux. Comment soutenir la performance économique de ces entreprises en développant la sécurité, en limitant l’engorgement routier autour des grandes métropoles et en encourageant une « mobilité propre » ? Décryptage des scénarios envisagés avec Olivier Quoy, directeur général d’Atlandes, société concessionnaire de l’A63 dans les Landes et François Combes, directeur de laboratoire, IFSTTAR/AME/SPLOTT.

Que l’on aborde les questions de sécurité, d’environnement ou de performance économique, l’avenir du transport routier suscite un grand nombre de réflexions. Le développement grandissant des technologies et la volonté certaine de réduire le réchauffement climatique s’imbriquent pour dessiner les solutions de demain.

Le platooning, un avenir réaliste ou seulement technologique ?

Économies de carburant, réduction des émissions carbone, sécurité routière accrue grâce à une meilleure maîtrise des freinages d’urgence… les promesses des
pelotons de camions semi-autonomes et connectés commencent à se concrétiser. « En Europe, les constructeurs ont réalisé les premiers tests en circuit ouvert, c’est-à-dire en condition réelle, dès 2016. Aux États-Unis, les premiers services commerciaux sont en train de se développer » explique Olivier Quoy. Une performance technologique mature et fonctionnelle donc, mais qui soulève encore beaucoup d’interrogations, notamment en termes de bénéfices réels pour les professionnels du transport routier et d’opérabilité sur les structures autoroutières françaises.

En effet, en l’état actuel des choses, un conducteur est présent dans chacun des camions constituant le peloton et doit être capable, en cas d’urgence, de reprendre immédiatement le contrôle de son camion. Pour Olivier Quoy, « on ne peut donc pas envisager qu’il soit en train de dormir ou d’effectuer d’autres tâches qui pourraient altérer sa vigilance. » Le principal bénéfice réside donc, dans la réduction de la consommation d’énergie. Réunis en peloton, les camions « suiveurs » sont entraînés dans l’aspiration de celui de tête et consomment ainsi moins. Une analyse plus mesurée pour François Combes, pour qui cette réduction des consommations n’est pas forcément suffisamment significative face aux contraintes d’organisation que ce type de convoi engendrera. Une limite qu’il voit également au niveau structurel. « Le platooning est une formidable évolution technologique pour des pays dans lesquels les surfaces sont immenses et les autoroutes de grandes lignes droites. Ce n’est pas le cas partout en France et en Europe. »

Les nouveaux carburants, une pression de plus en plus forte

Autres sujets qui mobilisent les plus hautes sphères françaises et européennes : la mobilité propre, ou comment réduire significativement la production de gaz à effet de serre dans les transports. Quelles énergies privilégier ? Comment développer et accélérer des solutions émergeantes ? « À l’heure d’aujourd’hui, plusieurs scénarios sont étudiés mais aucun ne se démarque réellement. Les bio-carburants, le gaz, l’électrique, hydrogène… la volonté est là mais la mise en oeuvre se heurte toujours à différents freins à la fois technologiques et financiers » commente François Combes. Concernant le transport routier longue distance, le challenge est aussi de trouver une solution garantissant une très grande autonomie. « L’hypothèse d’autoroute électrique fait son chemin même si, aucune infrastructure française n’est pour l’instant équipée. Certains proposent l’idée d’alimenter électriquement les camions grâce à des caténaires ou par induction depuis le sol » explique François Combes. Affaire à suivre…

Ensemble, l’ambitieux programme de platooning européen.Aujourd’hui, les travaux en cours se focalisent sur l’interopérabilité avec pour objectif, à l’horizon 2021, de faire circuler à travers l’Europe, 7 poids lourds, des 7 plus grands constructeurs, connectés ensemble. C’est le projet ENSEMBLE dirigé par TNO, le centre d’application de recherche des Pays-Bas.

Urgence !
La Commission Européenne estime qu’en l’absence de mesures concrètes, les émissions de gaz à effet de serre des véhicules lourds devraient augmenter de 9% d’ici l’horizon 2030 en raison de l’augmentation des activités du transport. Un nouveau règlement présenté en mai dernier vise à encadrer les émissions de CO2 des poids-lourds européens, en établissant de nouvelles normes de performances. Ainsi, les « nouveaux véhicules lourds ” mis en circulation dans les pays membres de
l’UE devront présenter à partir du 1er janvier 2025 des émissions de dioxyde de carbone inférieures à 15% aux niveaux de 2005.